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J’ai passé trois mois dans un EHPAD. À 69 ans, j’étais persuadée que j’allais finir ma vie dans la chambre 14. J’ai passé trois mois entiers dans un EHPAD situé à quelques kilomètres de Limoges. J’étais dans la chambre 14, au deuxième étage : un lit médicalisé, une petite table de nuit et une armoire suffisamment grande pour contenir tous les vêtements que j’avais emportés avec moi. À 69 ans, j’étais convaincue que c’était terminé. Que j’allais mourir là et que, dans quelques mois à peine, je serais devenue une femme totalement dépendante, condamnée au fauteuil roulant. Je m’appelle Françoise Martin et je suis de Limoges. Pendant trente-deux ans, j’ai travaillé comme infirmière au CHU de Limoges. Des injections, des perfusions, des gardes de nuit, des patients qu’il fallait relever, laver, rassurer et parfois accompagner jusqu’à leurs derniers instants. Pendant toutes ces années, je m’étais toujours dit qu’après ma retraite, je pourrais enfin souffler. Je m’imaginais marcher avec mes petits-enfants, aller tranquillement au marché le samedi matin, préparer le déjeuner du dimanche pour toute la famille et profiter enfin de mon mari. La vie en a décidé autrement. Mes genoux avaient commencé à me faire souffrir avant même ma retraite. À chaque pas, j’entendais des craquements dans les articulations. Avec mon métier, je savais parfaitement ce que cela pouvait signifier : de l’arthrose, une usure progressive du cartilage. Mais je n’avais jamais le temps de m’occuper de moi. Il y avait toujours un patient avant moi, toujours un service à terminer, toujours quelqu’un qui avait davantage besoin de soins. Quelle idiote j’ai été. Quelques mois après mon départ à la retraite, mes deux genoux ont gonflé à un point que je n’aurais jamais imaginé. Je n’arrivais même plus à enfiler certaines de mes chaussures. À la maison, je me déplaçais lentement en m’accrochant aux meubles pour ne pas tomber. Chaque pas donnait l’impression qu’on m’enfonçait quelque chose à vif dans les