Articulations : prévention et traitement
J’ai signé les papiers qui l’envoyaient à l’abattoir. Trois semaines plus tard, cette même vache m’a sauvé de la table d’opération. Il y a quelques mois, j’ai signé les papiers qui devaient envoyer à l’abattoir la vache que j’avais élevée depuis sa naissance. Trois semaines plus tard, cette même vache se tenait de nouveau sur ses quatre pattes. Six semaines après, c’est elle qui m’a évité de finir sur une table d’opération. Je m’appelle Thierry Morel. J’ai 58 ans et je travaille comme responsable d’élevage laitier dans une exploitation près de Fougères, en Bretagne. Depuis 25 ans, je m’occupe du troupeau au quotidien : alimentation, vêlages, contrôles sanitaires, traitements et suivi avec le vétérinaire. C’est moi qui connais chaque bête de cette ferme. Je me lève tous les matins à 4 h 20. Avant 5 heures, je suis déjà dans la salle de traite. Les bons jours, je rentre chez moi vers 19 h 30. Les mauvais jours, c’est plus tard. Je gagne un peu plus de 2 100 euros nets par mois. C’est avec cela que ma femme, Marie, et moi vivons. Marie a travaillé comme aide-soignante dans un EHPAD près de Rennes pendant presque 30 ans. Elle est à la retraite aujourd’hui, mais ses mains, ses hanches et son dos portent encore les traces de toutes ces années passées à soulever et soutenir des personnes qui ne pouvaient plus se lever seules. Nous vivons dans une petite maison à la sortie de Fougères. Une cuisine, un salon, deux chambres et une toiture qui aurait dû être refaite depuis plusieurs années. Nos deux enfants sont partis depuis longtemps. Notre fils vit à Lille depuis onze ans. Notre fille s’est mariée et s’est installée à Paris. Ils reviennent à Noël et parfois quelques jours en été. Le reste de l’année, il n’y a que Marie, moi et nos deux chats. Et jusqu’à l’année dernière, il y avait aussi Rosalie. Le 21 novembre dernier, j’ai participé à la décision d’envoyer Rosalie à l’abattoir. C’était la meilleure vache dont je m’étais jamais occupé. Rosalie était une Prim’Holste