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J'ai vendu des fauteuils roulants pendant vingt ans. L'année dernière, pour la première fois de ma carrière, on m'en a retourné quatre — quasiment neufs, avec la facture d'origine. Je ne les ai pas remis en stock. Aujourd'hui encore, ils sont alignés au fond de ma réserve, recouverts d'une bâche en plastique. Je n'arrive pas à les revendre. Chaque fois que j'ouvre cette porte, je les regarde et je repense toujours à la même chose. Je m'appelle Jean Dupont. J'ai cinquante-deux ans. J'ai un magasin de matériel médical et de rééducation à Bruxelles — fauteuils roulants, déambulateurs, cannes anglaises, lits médicalisés, barres d'appui... J'ai passé deux décennies dans ce secteur. Je connais tous les fournisseurs du pays par leur prénom. Et je connais une vérité sur mes clients que personne n'ose dire tout haut : Un fauteuil roulant, c'est un produit qu'on n'achète qu'une seule fois dans sa vie. Pas parce qu'il est incassable. Mais parce que la personne qui s'assied dedans ne revient jamais en arrière. Plus tard, les proches viennent acheter un coussin anti-escarres. Puis un matelas à air. Et un jour, c'est la fille qui vient demander : « Vous reprenez le matériel d'occasion ? » En vingt ans, j'ai vendu plus de deux mille fauteuils roulants. Et personne ne m'en avait jamais rapporté en me disant : « On n'en a plus besoin. » Jusqu'à l'année dernière. Le premier retour est arrivé en février. Madame Leroy, soixante-onze ans, de Liège. On lui avait vendu le fauteuil deux ans plus tôt, en mai. Je m'en souviens très bien : son fils avait choisi le modèle le plus cher, en aluminium ultra-léger, et avait négocié le prix pendant trois quarts d'heure. En février, le fils m'appelle : « Je voudrais vous rapporter le fauteuil. » J'ai cru qu'elle était décédée. C'est le genre de coup de fil auquel je suis habitué, je sais exactement quoi dire dans ces moments-là. « Toutes mes condoléances », ai-je répondu. « Ah non, pas du tout ! Ma mère marche. Elle m'a dit : "Sors-moi ce