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Je m’appelle Julie. J’ai 34 ans. Je vis seule à Lille. Je suis caissière chez Carrefour. Parfois je fais les rayons quand il manque du monde. Les gens pensent souvent : « Elle a un boulot, donc ça va. » Mais la vérité est tout autre. Je vivais dans l’angoisse permanente depuis des mois. Loyer : 980 €. L’électricité qui ne cesse d’augmenter. Les factures qui s’accumulent. Les courses. Le bus. Et cette peur constante qu’une seule mauvaise surprise fasse tout exploser. Avant, j’avais des copines avec qui je sortais prendre un café. Maintenant je trouve toujours des excuses : « Je suis crevée. » « Trop de boulot. » « La semaine prochaine peut-être. » En réalité, il ne me restait plus rien pour vivre normalement. À la fin du mois, je mangeais souvent juste des tartines pour tenir. Il y a quelques semaines, après une longue journée, je suis rentrée chez moi épuisée. J’ai enlevé mes chaussures et j’ai vu que mes baskets étaient fichues, la semelle qui se détachait. Je n’avais même plus les moyens de m’acheter une paire correcte. Ce soir-là, assise sur mon lit, je regardais mon compte : 28,17 €. C’était tout ce qu’il restait. J’ai passé la soirée à calculer : quoi enlever des courses, quelles factures repousser encore. Je me suis sentie complètement coincée, usée, et terriblement seule. Cette nuit-là, je n’ai presque pas dormi. Le lendemain, au Leclerc, je faisais mes courses avec la calculatrice sur le téléphone. Je reposais des articles à 2 ou 3 euros près. Voir les autres remplir leur caddie sans réfléchir m’a profondément humiliée. Le soir, seule dans la cuisine, lumières éteintes, je scrollais sur mon téléphone. Je suis tombée sur une pub pour un jeu. Dans les commentaires, quelqu’un écrivait : « Je pensais que c’était du fake jusqu’à ce que je retire l’argent. » J’ai hésité longtemps. Mais avec mes 28 € et ce sentiment d’étouffement, je me suis dit : « De toute façon, je n’ai plus grand-chose à perd