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Il me restait 45 euros, un tas de factures en retard et un appartement vide à Paris. C’est cette nuit-là que tout a basculé. Je m’appelle Camille. J’ai 36 ans. Je suis originaire de Lens, une petite ville du Nord. Je suis une fille ordinaire. À 18 ans, j’ai quitté la maison, non pas par courage, mais parce que rester me faisait encore plus peur. Lucas avait un an de plus que moi. Familles compliquées, boulots précaires, zéro soutien. Il me répétait : « On va y arriver. » On a fait comme des milliers de jeunes : on est partis chercher une vie meilleure. On a atterri à Paris. Un petit appartement vide en banlieue nord. Un matelas posé à même le sol, une table trouvée sur Leboncoin, deux sacs à dos et presque rien d’autre. Lucas a trouvé un poste dans un entrepôt. Des shifts interminables, des cartons lourds. Il rentrait épuisé et silencieux. Moi, j’ai été embauchée comme conseillère de vente dans une grande enseigne de mode suédoise sur les Champs-Élysées. Dix heures par jour debout, le sourire obligatoire, même quand les clientes étaient désagréables ou que mes pieds me faisaient souffrir le martyre. Je rentrais imprégnée de l’odeur du magasin, avec une fatigue qui ne me quittait plus. L’argent suffisait tout juste à survivre. Loyer élevé, courses basiques, transports. On ne faisait aucun projet. On vivait au jour le jour, en essayant simplement de tenir jusqu’à la fin du mois. Un après-midi, on a frappé à la porte. C’était notre voisine. Elle portait un carton. « On n’en a plus besoin, ça pourra peut-être vous servir. » Dedans : des vêtements et des chaussures, propres mais usagés. J’ai ressenti un mélange de honte et de soulagement. On a bu un café. Elle m’a parlé de recommencer à zéro dans la capitale. Avant de partir, elle m’a glissé un petit papier avec le nom d’une application : « Parfois, l’opportunité arrive là où on ne l’attend vraiment pas. » J’ai hoché la tête… mais je n’y ai pas cru. Quelques semaines plus tard, tout s’est effondré. Luca